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Notre-Dame Bigoudenn C2

Ce jeudi donc, vers 14 heures, Naïg au Dos d’or, en chaussons et bonnet sans coiffe, descendait, en longeant le Château, dans la direction du Bois de la Petite Colline. Elle allait ramasser une serpilliérée d’aiguilles de pin. Rien ne se compare aux aiguilles de pin sèches pour allumer un feu ou tenir une flamme régulière sous une tuile à crêpes. Naïg était sourde et avait soixante-dix-huit ans. Il est vraisemblable qu’elle ne pensait même pas, la pauvre, que « ça bardait » en ville pendant que, trotte-menu et court-jupon, elle allait son bonhomme de chemin, avec sa serpillière et son râteau à dents de bois. On était au troisième jour de grève. Les gardes avaient été cantonnés par pelotons en divers points de la ville, prêts à s’élancer au premier appel, sur les lieux de trouble. Ils avaient pour mission de protéger les monuments municipaux et d’empêcher tout rassemblement sur la voie publique. Deux ou trois chiens se réunissaient-ils ? Un saut à cheval, et au galop pour les disperser. C’est ainsi qu’un escadron de gardes se tenait, sur le qui-vive, dans la cour du Château, derrière les lances de fer de la grille et de la porte monumentale fermée désormais. La porte devait être ouverte au moyen d’une clé, chaque fois qu’un usager devait monter à la mairie. Et il fallait exposer le motif de la visite. A leur insu d’ailleurs, car on ne requiert pas d’eux des connaissances historiques, les gardes faisaient là, dans la cour, pour l’ordre, tel qu’il est fondé sur la loi, le va-et-vient que faisaient, jadis, comme eux, d’autres soldats casqués de fer, eux aussi, pour la sauvegarde des privilèges et des biens des barons du Pont. Ils ne disaient rien à qui que ce soit, et, cependant, ils n’étaient pas bien vus. On les avait surnommés les Enfants de Marie. Le sobriquet s’avéra vite inadéquat. Les gamins et les jeunes Bigoudenn s’agrippaient aux grilles pour regarder les gardes. — Ah ! bien, il n’y en a pas un de bien, opinaient les Bigoudenn, déçues. Quelle collection de « plouks ». — Monsieur, hep, là-bas, Monsieur! Les premiers temps le « monsieur » s’approchait, en se rengorgeant, car il trouvait fort mignonnes les jeunes Bigoudenn, et il sifflotait - on sait badiner, n’est-ce pas? — le petit air bien connu : « Auras, auras pas, une Bigoudenn, une Bigoudenn dans ton lit. » — Pour quoi faire vous avez un chapeau en fer?